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Dolomède

Un beau jour de juin 2004, la fine équipe des travaux des Amis de la Fagne est à l’œuvre dans la fagne des Wez, occupée à dégager une partie de la « via Mansuerisca ». Lors de la pause de midi, le regard de l’un des « barragistes » est attiré par un mouvement dans la sphaigne d’une petite gouille : une Dolomède. Nous avons tous longuement admiré cette superbe araignée fagnarde.

Facilement reconnaissable.

Que l’on aime ou non les araignées, on peut difficilement nier que la Dolomède soit un bel animal. Son corps est d’un beau brun velouté souligné par deux bandes latérales jaunes ou blanc-jaunâtre. Sur l’abdomen, on peut distinguer de petits points blanchâtres. La Dolomède est une des plus grandes araignées d’Europe occidentale et le corps des femelles, plus grandes que les mâles, peut mesurer plus de deux centimètres de long. Sur le Haut Plateau, au climat rude, les Dolomèdes n’atteignent leur maturité sexuelle qu’à l’âge de deux ou trois ans.

Araignées, quelle étonnante morphologie !

Deux parties se distinguent dans le corps des araignées. La partie antérieure, le prosoma ou céphalothorax, porte huit pattes servant à la locomotion. A l’avant, se trouvent deux pédipalpes, ressemblant à des pattes et nommées pattes-mâchoires. Ces pédipalpes supportent notamment les lames maxillaires et, chez les mâles mûrs, possèdent un organe copulateur.

De part et d’autre de l’orifice buccal, deux chélicères présentent un crochet par lequel le venin est injecté aux proies. Les yeux, souvent au nombre de huit, sont simples, contrairement à ceux des insectes.

La partie postérieure, l’opistosoma ou abdomen, porte les organes caractéristiques des araignées : les filières avec les glandes séricigènes dans lesquelles est stockée la soie liquide qui, une fois émise par les fustules, se solidifie très rapidement.

Il y a plusieurs filières produisant des soies différentes selon l’usage qui en est fait : des soies pour tapisser l’intérieur des cocons, des soies pour envelopper les cocons ou emballer les proies, pour fabriquer une toile, pour produire un fil de sécurité ou de transport lors de la dispersion des jeunes et qui formeront ces splendides « fils de la Vierge » qui nous émerveillent, couverts de rosée, lors des aubes fraîches de la fin de l’été.

Un mode de reproduction particulier.

Chaque pédipalpe des mâles ayant atteint la maturité sexuelle, possède un organe copulateur mais les testicules, eux, se situent sur la face ventrale de l’abdomen et il n’existe aucune connexion entre les pédipalpes et l’orifice génital. Cette particularité contraint donc les mâles à un acte des plus étranges dans le monde animal : il doit fabriquer une toile spermatique, petit morceau de soie où il déposera une petite goutte de sperme. Ensuite, il trempe l’extrémité de ses pédipalpes dans le liquide qui sera absorbé dans un bulbe, un peu comme un réservoir de stylo se remplit d’encre. Alors seulement, le mâle partira à la recherche d’une femelle à courtiser.

Mais si chez la plupart des araignées le mâle exécute une réelle parade nuptiale, chez les Dolomèdes, les mâles se contentent d’agiter, l’une après l’autre, leurs pattes antérieures vers la femelle afin de diminuer les tendances prédatrices de celle-ci et de la rendre plus réceptive. L’accouplement est très bref, le mâle n’utilisant qu’une seule fois chacun de ses pédipalpes. Ensuite, il file, sans demander son reste…

Filer un bon cocon.

La femelle fabrique un cocon dans lequel les œufs seront déposés. Ce cocon, la Dolomède le transportera partout avec elle, entre ses chélicères et sous le sternum, diminuant ainsi les risques de voir les œufs parasités par des insectes.

Les Dolomèdes sont très productives et peuvent pondre, sur une saison, plus de 1.000 œufs, en trois ou quatre cocons. Lorsque l’éclosion est proche, la femelle tisse une toile-pouponnière qui accueillera les petits lorsqu’ils sortiront du cocon. Les jeunes araignées n’ont pas d’yeux, ni de poils sur le corps. Après quelques jours, bien protégées par la toile et sous la garde attentive de la mère, les minuscules araignées subiront une première mue et auront alors des yeux rudimentaires et quelques soies mais toujours ni filières, ni surtout de glandes à venin indispensables pour se nourrir… Celles-ci n’apparaîtront qu’après la deuxième mue. En attendant, les petites araignées vivent sur les réserves vitellines.

Digestion externe !

Car les araignées sont incapables d’avaler des proies solides. La digestion doit être externe : le venin contient des sucs qui vont liquéfier la proie et permettre ainsi à l’araignée de l’ingérer. Toutes les araignées sont des prédatrices. Leur vue, malgré les huit yeux, est plutôt médiocre mais cette déficience est compensée par la présence, sur le corps et les pattes, de nombreux poils sensoriels. Si certaines sont des spécialistes du piégeage à l’aide de toiles, d’autres chassent à l’affût, comme la Dolomède. Celle-ci, postée au bord de l’eau ou sur une plante flottante, guette les moindres vibrations, prête à se jeter sur une proie. Bonne chasseresse, elle est capable de capturer des demoiselles, des libellules ou des têtards.

Dame des tourbières.

La Dolomède n’est pas inféodée exclusivement aux tourbières mais s’y plait néanmoins et c’est l’araignée la plus fréquente dans les marais tourbeux. Capable de marcher sur l’eau, elle peut aussi plonger dans l’eau, descendant sous la surface en s’aidant de la végétation immergée, à la poursuite d’une proie ou pour échapper à un prédateur; elle recherche les marécages avec une eau libre permanente. On peut ainsi la rencontrer un peu partout sur le Haut Plateau fagnard, dans les gouilles, sur les lithalses, au bord des bas marais tourbeux ou sur les tremblants.

Carte d’identité :

Nom commun : Dolomède ;
Nom latin : Dolomedes fimbriatus ;
Nom néerlandais : Gerande oeverspin ;
Embranchement : Arthropodes;
Sous-embranchement : Chélicerates;
Ordre : Araneae ;
Famille : Pisauridae.

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Annick Pironet - Les Wez - 2005
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Texte et photos: Annick Pironet
Extrait de "Hautes Fagnes"

Bibliographie :

Le monde des tourbières et des marais – O. Manneville, V. Vergne, O. Villepoux – Delachaux et Niestlé – 1999

Guide des araignées et des opilons d’Europe – D. Jones, J-C. Ledoux, M. Emerit - Delachaux et Niestlé – 2001

Le guide du Plateau des Hautes Fagnes – R. Collard, V. Bronowski – L’Octogone - 1993

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