Les formations à Genévrier commun

Fagnard, le genévrier ? Oh oui ! Indéniablement. « Lu gneûve » soulignait, aux temps passés, l’étrange beauté des landes, en maints endroits du Haut Plateau. Ses fruits servaient aussi bien à fabriquer le « pèkèt » qu’à désinfecter les chambres mortuaires ou à confectionner un onguent contre les brûlures et les meurtrissures. C’était lui aussi qui, le jour du grand feu, fournissait les meilleures branches pour le bûcher. Déjà, il y bien longtemps, les Princes-Abbés ont tenté de le protéger, interdisant de cueillir ses baies avant le 15 août !

Aujourd’hui, le genévrier ne subsiste, chez nous, que sur de maigres landes ou étouffe, enserré d’arbres, dans quelque forêt, racontant, à qui sait l’écouter, les troupeaux immenses qui, jadis, pâturaient ces terres où on l’oublie.

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Les formations à Genévrier commun.

Etonnant, le genévrier ! Peu sensible au froid, capable de résister à la sècheresse, il n’est, en outre, pas exigeant quant à la nature du sol. Et pourtant, il est devenu rare en Wallonie, ce genévrier commun, au point de bénéficier du statut de plante intégralement protégée –décret du 6 décembre 2001 – annexe IV a- . En cause : la raréfaction de ses milieux de prédilection, les landes acides ou pelouses calcaires pâturées.

Espèce pionnière, le genévrier n’a qu’un faible pouvoir germinatif. Ses graines ont besoin, pour germer, d’un sol dénudé, limitant ainsi la concurrence avec d’autres plantes. Héliophile, la croissance du genévrier est favorisée par de bonnes conditions d’ensoleillement. L’ombrage d’autres arbres lui est particulièrement nuisible. Enfin, ses aiguilles piquantes, lorsque le jeune arbre est bien installé, le protègent de la dent des herbivores. Pour toutes ces raisons, les lieux anciennement pâturés ou avec une activité pastorale réduite lui sont très favorables.

L’abandon des anciennes pratiques agropastorales, le développement de l’agriculture et de la sylviculture modernes sont les principales causes de la disparition des genévrières.

Quelques plantes indicatrices:

Sur le Haut Plateau, parmi les types d’habitats concernés par la Directive européenne, nous pouvons voir surtout des landes à genévriers sur sols tourbeux.

Voici, parmi les plus fréquentes, quelques plantes qui caractérisent cet habitat.


Le genévrier commun, Juniperus communis atteint, dans nos régions, 6 à 7 mètres et peut présenter un port variable : étalé ou érigé. Pour en savoir plus sur le genévrier, cliquez ici

Le scirpe cespiteux, Scirpus cespitosus, de la famille des cypéracées, forme d’élégantes touffes denses le long de certaines sentes fagnardes.

La bruyère quaternée, Erica tetralix, est un sous-arbrisseau aux jolies fleurs roses, en clochettes. Ses feuilles sont groupées par quatre, en verticilles, le long de la tige.

La callune, Calluna vulgaris, est un arbrisseau qui, fin de l’été, colore la fagne de rose.

Le dicrane à balais, Dicranum scoparium, est une petite mousse aux feuilles étroites, longues et aplaties

Mesures favorables aux genévrières.

Si le pâturage est un mode de gestion souvent appliqué aux genévrières des pelouses calcaires, sur le Haut Plateau, des étrépages ont été réalisés dans la genévrière des Planerèces en 1997, par les Amis de la Fagne, et surtout, à plus grande échelle, dans celle de la RND de Cour, par la DNF. Dans cette réserve naturelle, les résultats sont réellement fort encourageants : la fougère aigle, qui recouvrait une bonne partie du site, régresse ; de nombreuses plantules de genévriers se développent ; la callune s’étend. La DNF a décidé d’étendre ses opérations de restauration et de nouveaux étrépages ont été réalisés cette année. Quel bonheur de voir revivre ces landes ponctuées de genévriers ! C’est l’occasion de tirer un coup de chapeau à ceux, membres du CRNFB ou de la DNF, qui ont permis à ce patrimoine naturel de revivre.

Où voir des landes à genévriers ?

La genévrière de Cour est partie du site Natura 2000 des « Fagnes de Malchamps et de Stoumont ». Dans le site Natura 2000 des « Fagnes de Stavelot et de l’Eau rouge », s’étendent, entre autres habitats, les genévrières des Planerèces et de la Haute Harse. Près du Tchâne as tchânes, le long du Bayehon, en fagne de Malchamps aussi, se dressent encore quelques genévriers.

Cependant, depuis quelques années, la Région Wallonne a entrepris une vaste campagne de réintroduction de cet arbuste, au départ de graines recueillies sur quelques genévriers locaux encore fertiles. Aujourd’hui, des centaines de jeunes plants ont été disséminés sur le Haut-Plateau, notamment avec le concours des « Amis de la Fagne ». Ces derniers en ont replanté dans leur Réserve Naturelle Agrée de Nampire et ont repiqué récemment (mai 2019) quelque 300 genévriers aux Biolettes (le long de la route dite « du Grand Fossé » ou du Duret), ainsi qu’en Fange Leveau (Jalhay).

Bibliographie : 

Ph. Frankard – Evolution de la population de Juniperus communis L. dans la réserve naturelle domaniale de la genévrière de Cour pendant ces vingt dernières années et impact des mesures de gestion appliquées – Parcs et Réserves – Volume 59 n°3 – Juillet-septembre 2004.
Ph. Frankard – La sauvegarde de la genévrière des Planerèces – Hautes Fagnes- Fascicule n°237 - 2000
J.Lambinon, L. Delvosalle, J. Duvigneaud – Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines – Cinquième édition – Edition du Jardin botanique national de Belgique – 2004
J-C. Rameau, C. Gauberville, N. Drapier – Gestion forestière et diversité biologique – Wallonie - Grand-Duché de Luxembourg - 2000
R. Collard, V. Bronowski - Le guide du Plateau des Hautes Fagnes– L’Octogone – 1993
J. Bastin – Les plantes dans le parler, l’histoire et les usages de la Wallonie malmédienne – Vaillant-Carmanne - 1939


Texte et photos: Annick Pironet – Roger Herma

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